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La boîte à rêves. Lawrence Nurtel Lawrence Nurtel - (Frédéric Letrun)
   
C’était hier à l’aube, samedi 31 octobre. Comme tous les matins en Indùh, les éléphants barrissaient. Derrière les stores de l’atelier, le ciel du Ghenbale était coupé en deux. Rose à l’est, noir ailleurs. Le thé à la mûre que j’avais préparé pour Clémentine infusait sur la table de chevet rouge sang. Elle dormait telle une princesse dans un conte de fées. Je caressais ses nattes bleu marine, lianes désordonnées. Ses cils papillonnèrent, ses yeux s’ouvrirent, son visage s’alluma au milieu des draps blanc froissé.
Le Soleil s’était levé lorsque nous déjeunâmes. À peine coiffée, juste vêtue d’un châle en mousseline, elle était rayonnante. L’instant semblait éternel. Sans frous-frous ni maquillage, elle était la Clémentine matinale, naturelle, gracieuse. Bien qu’intenses, ses sourires ne me faisaient pas oublier les armoires vides, les valises alignées. L’atmosphère engendrée par ces augures de la séparation imminente s’alourdissait d’un silence presque surréaliste; nous allions nous quitter pour longtemps et aucun rendez-vous de cœur n’avait été fixé. C’était la cruelle confirmation que notre élan de tendresse serait éphémère. Au fond, j’espérais ce détachement, cette distance. Clémentine n’a qu’un amour : son art.
~ Tu savais que la plus sage des décisions était la rupture.
Allait-elle souffrir de cette coupure ? Quitte à paraître maladroit, je voulus sonder son cœur. Elle me répondit sous les jets d’eau de la salle de bains. Ses phrases semblaient sortir des carreaux de la mosaïque; elles étaient colorées, émaillées. Mais toutes avaient ce côté fragmental, fissuré. « Tu sais, Luwi, je ne regretterai jamais de t’avoir embrassé. Mais nous devons être raisonnables : pour des raisons professionnelles, pour des raisons qui m’échappent aussi, je crois que ce baiser sera le dernier. Toi aussi, tu partages mon sentiment, non ? » Elle se tut, plongea son regard dans le mien et attendit ma réponse comme si j’avais été le seul à tenir les rênes de notre avenir. L’eau ruisselait sur ses cheveux bleus, ondulait sur son corps caramel. « Maintenant notre relation a un plus. Une complicité. Un jardin secret », lui avouai-je. Nous nous serrions sous les filets d’une eau tiède et salée qui baptisait notre solide amitié.
Quelques minutes plus tard, à bord de t odule, tandis que Lucy me racontait les nouvelles du matin, je commandai l’ouverture des élytres afin de voir l’humeur des nuages d’Anakalipalle. Moelleux, denses et gais, ils roulaient sur le ciel. Par l’œil-cockpit, j’aperçus Clémentine, en peignoir sur le balcon, me faire des coucous d’adieu entre deux palmiers. Elle essuya une larme bleue. Mon cœur était lourd mais l’astronef s’éleva comme un colibri. « Direction labo ».
Histoire de me changer les idées, je fis un long détour. Après quelques tours de Terre, je pris la direction de la Lune. Au moment où je la contournai, une tentation surgit. Je voulus découvrir le mystérieux présent que Clémentine m’avait offert la veille et qu’elle avait enveloppé dans un velours parfumé, noir, brodé de sa main. Après déballage, je vis enfin le vrai visage du cube : poli, métallique, guère plus volumineux que celui de Lucy. Un message était glissé dans une poche cousue sur l’envers du velours : Luwi. Ce cube ancien est un écrin sans fermoir. Pour l’ouvrir, il te faut donc trouver la clef magique : une phrase de quatre mots que tu as oublié de me dire pendant ton séjour à Anakalipalle. Sans cette phrase, tu ne connaîtras jamais la merveille vivant à l’intérieur.
Quelle fabuleuse créature pouvait vivre à l’intérieur du cube ? Clémentine sait que j’aime les énigmes, elle sait aussi que je suis un amateur d’antiquités. Son cadeau était fort bien choisi. Je collectionne les valises, les malles, les coffres. Les boîtes m’amusent, les poupées gigognes m’intriguent. Les cubes me passionnent. Notamment les cubes qui s’ouvrent et se ferment quand on le leur demande. Mes préférés sont ceux qui n’obéissent qu’à une seule voix et une seule formule, celles de leur propriétaire. Clémentine avait réussi à m’en dénicher un. Un modèle rare datant du siècle dernier. Évidemment, elle aurait pu se contenter de me l’offrir tel quel. Après un dépoussiérage, il m’aurait suffi d’effectuer quelques manipulations fort simples pour qu’il n’écoute que ma voix : tout d’abord, j’aurais tourné les huit coins du cube sur leur repère on afin que ses femtocapteurs puissent enregistrer ma formule. J’en aurais inventé une du genre : « Salut, six faces ! » Une fois l’opération terminée, j’aurais dévissé les huit coins, huit petites pyramides précieuses que je me serais empressé de cacher; sans ces huit clefs, il aurait alors été impossible à quiconque d’activer les femtocapteurs, d’effacer, puis de remplacer ma formule. Hormis avec un burin, une scie, ou un laser, le cube aurait été inviolable.
Puisque les huit coins du cube manquaient, c’est que Clémentine avait effectué la personnalisation vocale à ma place; toute la subtilité de son présent reposait sur ce préliminaire ingénieux. Le cube ne pouvait obéir qu’à moi ? Donc, Clémentine était parvenue à programmer le système d’ouverture et de fermeture du cube sur le son de ma voix. Il est clair que, avant de l’insérer dans les femtocapteurs, elle l’avait préalablement enregistrée. Elle avait forcément enregistré l’une de nos conversations, à mon insu ! Elle en avait sélectionné quatre mots et construit avec, pour corser la difficulté, une phrase que je n’avais jamais prononcée. Quel genre de phrase avait-elle bien pu créer ? Je n’avais plus qu’à me creuser la cervelle. Il me fallait donc deviner la formule permettant l’ouverture de l’un des pans du cube, car…
~ Le but était de délivrer la « merveille » qui sommeillait à l’intérieur.
À sa devinette, je récitai d’abord l’éventail de ses expressions préférées; elles ne donnèrent rien. Puis vinrent des phrases tarabiscotées; sans succès.
~ La solution semblait introuvable.
T odule était à mi-chemin entre la Lune et la grande Bleue. Je me fixai alors un objectif : trouver la formule avant d’atterrir à la Pyramide. Je n’avais qu’une demi-heure. Je me persuadais que si j’échouais, l’avenir serait plein d’embûches. Un raisonnement sans fondement; une superstition puérile. Au fin fond de ma tête, j’entendais une voix s’interroger : « Comment diable s’ouvre-t-elle, cette boîte ? » Les minutes passaient, les phrases s’égrainaient. La Terre grossissait à vue d’œil. Il restait moins de cent mille kilomètres et un quart d’heure avant l’atterrissage. Par instants, je pensais réduire la vitesse de t odule afin de gagner du temps. Lucy m’en dissuadait : « Si tu obtiens la solution en trichant, tu seras damné ! » Quelle chose extraordinaire pouvait donc habiter dans cette boîte ?
— Qu’est-ce qui faisait de ce cube une « boîte à rêves » ?
Les voyants des bioinstruments clignotaient; en réverbérant ces battements multicolores, le cube avait l’air d’un cœur joyeux; mais indomptable; j’avais vraiment l’impression de convoyer un coffre-fort muet, un trésor intangible. La Terre était énorme, empreinte de vie. D’ailleurs, t odule piquait sur elle trop rapidement. Après un coup de frein, il pénétra convenablement l’ionosphère, franchit la thermosphère. Arrivé dans la mésosphère, il se redressa, le ventre face aux continents. On quittait la partie de la Terre plongée dans l’obscurité. En voyant cette lumière féerique allumer la grande Bleue, je dis « un, deux, trois, soleil ! »
— Et la magie opéra.
Des fentes rectilignes découpèrent la face supérieure du cube : deux diagonales formèrent quatre triangles qui se dressèrent, s’ouvrirent et se rabattirent comme quatre pétales géométriques. C’est en me penchant au-dessus de la boîte comme un jardinier au-dessus d’une corolle que je vis mon cadeau : un globe en k ristal signé Bill.
— Un globe en k ristal de la taille d’un melon à l’intérieur duquel une Clémentine miniature apparut en danseuse.
Je lui fis parvenir un bouquet de sept roses de Lune accompagné du message : Clémentine. Merci pour ce biosulfure radieux de l’intérieur duquel, lilliputienne, tu m’envoies des signes. Félicite Bill.
Cette minuscule femmhologramme fabriquée avec l’ADN de Clémentine était un cadeau seigneurial. Je possédais une infime partie de Clémentine; elle virevoltait dans une boule douée du pouvoir de…
~ Tous les biosulfures de Bill sont doués d’un remarquable pouvoir psychotrope.
J’imaginais l’atmosphère ensorceleuse que ce cube allait diffuser dans la Pyramide. Auprès de la cheminée, je me voyais déjà, tel un magicien, prononcer la formule « un, deux, trois, soleil ! » Et extraire, sous les yeux ébahis de Mister, le Monde miniature de Clémentine Blacksun.
La boîte à rêves
Art by Independent Artists,  Paintings,  Oil
Author: Lawrence Nurtel
81 x  100 cm  /   31.9 x  39.4 in
Themes: Sciences, Sciences Fiction  /   Authenticity / Provenance: Sold by the Artist  /   Period: Contemporary  /  
 
Posted: september 10, 2014 / Modified: july 10, 2015
Copyright Lawrence Nurtel - (Frédéric Letrun)

Brigitte Tamayo
Brigitte Tamayo , September 22
Les yeux me pleurent de cette lecture prenante est plein de surprises merci de me redonner le goût et l envie de lecture ! Encore merci mon ami… ! ! !
Maï Laffargue-
Premium members Maï Laffargue- , February 20
Fabuleux ! Texte et peinture : il y aura, dans ma tête et mon coeur un avant Lawrence et un après : impossible de ne pas être envoûtée. Je suis devant l'oeuvre d'un artiste magique, très complet et au talent fou. Bravo !
Mysane
Premium members Mysane , February 18
Costaud encore Mister Lawrence Nurtrel!
Dalhia
Premium members Dalhia , December 7
Comment peut on n'attribuer que 34 points à un tel génie ? Parfois je ne comprends pas l'art… Navrée d'en avoir une vision étroite
Ambroa
Premium members Ambroa , September 16
Fantastico
Jermoline
Premium members Jermoline , September 12
Joli rêve ! Un bouquet de sept roses de Lune…
Jaqs
Jaqs , September 11
Sans Lawrence pourrions-nous continuer a rêver?
Claire Tresse
Premium members Claire Tresse , September 11
Un cadeau magique que Clémentine a offert à Luwi ! Je ne sais si c'est la réalité ou de la fiction, mais quel magnifique conte…

Quant à cette toile, une vraie spirale où l'on pourrait se perdre…
Joper
Premium members Joper , September 11
Je n'ai pu détacher mon regard de tes mots, Lawrence, avant d'admirer la merveilleuse boite à Rêves dont tu as le secret!
J'aime «très beaucoup»!
Fk
Premium members Fk , September 11
Trop fort! ! !
Marisol
Premium members Marisol , September 10
Sublime,
Dalhia
Premium members Dalhia , September 10
Comment trouver des mots pour qualifier un tel travail ! Une recherche sans cesse renouvelée, des textes précieux dans cet imaginaire formidable de ton univers ! Qui malgré sa complexité me fascine sans cesse ! Je ne dispose pas d'assez de mots pour souligner un tel génie
 
La boîte à rêves
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